Le marché immobilier : à chaque territoire ses défis
Par : Ange Major | amajor@journallereflet.com
Une maison trop chère à Val-d’Or, une propriété qui trouve preneur en quelques jours en Abitibi-Ouest ou un emploi devenu incertain au Témiscamingue : le marché immobilier impose des réalités différentes aux acheteurs de la région. Derrière les prix et les délais de vente, trois courtiers observent à quel point l’emploi et le territoire influencent la possibilité de s’établir.
Douze visites en deux jours. À Val-d’Or, une maison affichée à 515 000 $ a récemment attiré de nombreux acheteurs avant d’être vendue dans un contexte d’offres multiples. La propriété réunissait plusieurs caractéristiques recherchées sur le marché, selon le courtier Anthony Forget-Longpré.
Ce genre de maison, en bon état et ne nécessitant pas de rénovations majeures, demeure particulièrement convoité. Pour les acheteurs disposant d’un budget plus modeste, la recherche peut toutefois devenir beaucoup plus compliquée. « On va être obligé de quitter la ville avec un budget de 250 000 $ si on veut quelque chose qui est un petit peu plus clé en main », explique le courtier, qui couvre notamment Val-d’Or, Amos et Senneterre.
Ce montant permet pourtant encore d’envisager une maison de trois chambres au Témiscamingue. En Abitibi-Ouest, il se rapproche du prix médian des propriétés unifamiliales. Une même somme permet donc d’envisager des réalités bien différentes selon l’endroit où l’on souhaite s’établir.
À Val-d’Or, la présence de l’industrie minière contribue à expliquer cette pression. Anthony Forget-Longpré rencontre notamment de jeunes travailleurs qui, grâce à leurs salaires et aux heures supplémentaires, ont pu économiser suffisamment pour acheter une propriété.
Certains élargissent alors leurs recherches aux municipalités environnantes. Anthony Forget-Longpré a notamment accompagné des personnes qui ont quitté Val-d’Or pour Malartic, Cadillac ou Rivière-Héva afin de se rapprocher de leur travail.

Anthony Forget-Longpré ( Gracieuseté Anthony Forget-Longpré )
Des maisons moins chères, mais moins longtemps disponibles
En Abitibi-Ouest, Daniel Richard observe un changement qu’il n’avait pas l’habitude de voir sur son territoire. Des propriétés trouvent maintenant preneur en quelques jours, alors que les vendeurs devaient autrefois patienter beaucoup plus longtemps. « On a eu beaucoup de maisons avec des offres en dedans d’une semaine, ce qu’on ne voyait pas ici. »
Selon les données qu’il a consultées, le délai moyen de vente serait passé de 93 jours en 2024 à environ 40 jours en 2026. Le prix médian des maisons unifamiliales aurait également progressé, passant de 212 500 $ en 2025 à environ 239 500 $ cette année.
Pour Daniel Richard, le changement ne s’explique pas uniquement par les prix. Il remarque que les acheteurs semblent plus confiants envers l’avenir économique du territoire, alors que certains clients de l’extérieur hésitaient auparavant à s’établir en Abitibi-Ouest par crainte pour la stabilité de l’économie locale.

Daniel Richard ( Gracieuseté Daniel Richard )
Au Témiscamingue, les propriétés demeurent accessibles et le nombre de maisons offertes a augmenté. Pourtant, selon la courtière Clara Meunier-Gauthier, les arrêts d’activité touchant notamment les usines de Témiscaming et de Béarn alimentent les inquiétudes entourant la stabilité des emplois et incitent certains acheteurs à davantage de prudence.
Malgré ces inquiétudes, Clara Meunier-Gauthier observe un marché qui retrouve son équilibre. Après plusieurs années marquées par la rareté des propriétés, les vendeurs doivent désormais ajuster leurs attentes. Les acheteurs disposent de davantage de choix et peuvent prendre le temps de comparer avant de faire une offre. « Au Témis, on n’achète pas juste une maison quand on achète une maison, on choisit le village, on choisit le mode de vie. »
Ce choix suppose néanmoins de pouvoir continuer à y travailler et à y vivre. C’est précisément ce qui préoccupe la courtière lorsqu’elle voit des propriétaires contraints de vendre pour des raisons financières. « Quand je sais que j’affiche des maisons parce que les gens doivent s’en aller, parce que justement, ils ne sont plus capables de payer leur maison ou parce qu’ils ont perdu leur emploi, ça me tue. »
Elle préfère accompagner des familles qui souhaitent acheter plus grand, des personnes qui recherchent une propriété plus petite ou des jeunes qui deviennent propriétaires pour la première fois. Des changements qui leur permettent de poursuivre leur vie au Témiscamingue. « On veut des gens qui restent, hein, pas des gens qui partent. »

Clara Meunier-Gauthier ( Gracieuseté Clara Meunier-Gauthier )