Journée mondiale du refus de la misère : une mobilisation modeste, mais un appel toujours pressant
Par : Ricardo Junior Emmanuel
Une quinzaine de personnes se sont réunies à Rouyn-Noranda à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre dernier. Malgré une participation moins importante que par le passé, le groupe local d’ATD Quart Monde souhaite maintenir l’attention sur la pauvreté, l’itinérance et la nécessité d’inclure les personnes concernées dans la recherche de solutions.
Malgré le vent glacial qui soufflait sur Rouyn-Noranda, le rassemblement s’est amorcé vers 11 h à la dalle du refus de la misère. Après les mots de bienvenue, des témoignages portant notamment sur l’itinérance ont été présentés. Comme le veut la tradition, une minute de silence a aussi été observée en hommage aux personnes ayant vécu la misère et la pauvreté.
Des marguerites ont par la suite été déposées sur la dalle. Pour Yvette Bélanger, responsable du groupe local d’ATD Quart Monde, ce geste symbolique rappelle notamment l’importance de porter attention aux personnes seules et de poser des gestes, même simples, pour les soutenir. Une lecture consacrée aux « chaînes » de la misère faisait également partie de la cérémonie.
Environ 15 personnes ont participé au rassemblement cette année. Selon Yvette Bélanger, certaines éditions précédentes ont déjà attiré entre 100 et 150 participants. Elle ne peut toutefois expliquer précisément cette diminution. Elle constate néanmoins que le fait d’être publiquement associé à la pauvreté peut constituer un frein pour certaines personnes. « On ne veut pas y aller, on n’a pas envie d’être reconnus comme pauvres, on ne veut pas être vus », rapporte-t-elle.
Malgré le nombre plus faible de participants, quatre nouvelles personnes ont rejoint le groupe et participé à la préparation de l’activité, souligne Yvette Bélanger. Pour elle, l’objectif demeure avant tout d’offrir un espace de parole aux personnes directement touchées par la pauvreté. « La pauvreté, ce n’est pas une honte d’être pauvre, c’est la pauvreté qui est une honte », soutient-elle.

Yvette Bélanger - Crédit Photo : Photo gracieuseté
« Travailler avec eux et non pas pour eux »
Yvette Bélanger insiste sur la place que doivent occuper les personnes vivant dans la pauvreté dans les décisions qui les concernent. Selon elle, leur expérience leur donne une connaissance de la réalité qui devrait davantage être prise en compte lorsque vient le temps de trouver des solutions. « Il faut cesser de vouloir contrôler les personnes pauvres, de vouloir organiser leur vie. Il faut travailler avec eux et non pas pour eux », affirme-t-elle. Cette approche devrait également prévaloir lorsqu’il est question d’itinérance. Elle estime que les personnes concernées doivent pouvoir expliquer elles-mêmes ce dont elles ont besoin plutôt que de voir les solutions entièrement définies à leur place. « Les experts […] de la pauvreté, c’est ceux qui la vivent », résume-t-elle.
Le logement au cœur des préoccupations
Pour la responsable d’ATD Quart Monde à Rouyn-Noranda, les difficultés liées au logement font partie des problèmes auxquels il faut répondre concrètement. Elle évoque notamment le prix des loyers et souhaite davantage de logements sociaux ainsi que des mesures permettant de limiter les coûts d’habitation.
Elle déplore également que certaines personnes soient contraintes de recourir à l’aide alimentaire ou à des ressources communautaires pour répondre à leurs besoins essentiels. Si elle reconnaît l’importance de ces services, elle considère que devoir continuellement demander de l’aide peut affecter la dignité des personnes. Son inquiétude se porte aussi sur les personnes en situation d’itinérance, particulièrement à l’approche de l’hiver.
« Personne [n’a] pensé vouloir devenir itinérant », rappelle-t-elle. Elle nomme entre autres la maladie et différentes circonstances pouvant mener une personne à la rue. Par ailleurs, elle réclame des démarches plus rapides pour trouver des solutions durables.
Pour Yvette Bélanger, les ressources d’urgence demeurent importantes, mais ne constituent pas à elles seules une réponse à long terme. « Les gens se cherchent un petit coin de chaleur un peu partout, mais ce n’est pas ça la vraie solution », affirme-t-elle.
Aujourd’hui encore, son message demeure le même : les solutions à la pauvreté ne peuvent être élaborées sans donner une place à ceux qui la vivent.