Culture

Marta Sáenz de la Calzada raconte les mères des autres

Par : Joanie Dion

Dans son spectacle Moi, ma mère racontait, Marta Sáenz de la Calzada raconte les histoires de personnes immigrantes qui font maintenant partie intégrante de l’Abitibi-Témiscamingue. En faisant vivre les histoires des autres, c’est la mémoire collective qu’elle entretient, et ce, alors qu’elle ne l’avait pas vu venir.

Marta Saenz de la Calzada
Marta Sáenz de la Calzada
(Photo : Gracieuseté)

« L’idée m’est venue de rencontrer d’immigrants qui se sont établis tous en Abitibi. Et j’avais demandé une bourse au CALQ pour faire un livre, aller collecter des histoires auprès de ces immigrants-là, que j’ai eues », commence-t-elle. De livre à spectacle, le projet a pris vie et sera présenté au Théâtre du Cuivre le 20 octobre prochain.

La conteuse a rencontré plus d’une quinzaine de personnes issues de différents pays afin de recueillir leurs histoires familiales. Parmi elles, des personnes venues de Yougoslavie, d’Inde, du Vietnam, de Colombie et du Chili. Les récits couvrent également différentes périodes de l’histoire de Rouyn-Noranda.

Marta Saenz de la Calzada

Capture d’écran de la démo du spectacle. (Photo : Gracieuseté - Marta Sáenz de la Calzada)

Des histoires qui se ressemblent

Le titre du spectacle fait référence aux histoires racontées par les mères des personnes rencontrées. Mais au-delà de ces récits familiaux, Marta Sáenz de la Calzada cherche surtout à faire ressortir ce qui unit les humains, peu importe leur pays d’origine.

Le travail de conteuse de Marta Sáenz de la Calzada est, pour elle, de transformer « l’autre » anonyme en une personne nommée et incarnée, montrant que les expériences humaines — école, jeux, famille — sont universelles. « Ce sont des gens auxquels on met un nom et une histoire. Et ça montre que l’autre, en fait, c’est nous aussi, c’est notre frère, et que dans tous les pays, il y a des questions d’école, de jeux… tout ce qui fait qu’un être humain, c’est un être humain », précise-t-elle.

Malgré les différences culturelles, plusieurs fils conducteurs traversent les récits : l’école, les jeux, les repas en famille, les traditions, les superstitions ou encore les histoires transmises par les parents. Pour la conteuse, cette transmission orale est d’ailleurs profondément humaine.

« Dans mon temps, je lisais aux enfants, je racontais des histoires, je chantais des chansons que ma mère m’avait chantées. Et je pense que cette tradition, et se transmettre des histoires, ça, c’est commun à tous les humains. »

Marta Saenz de la Calzada

Capture d’écran de la démo du spectacle. (Photo : Gracieuseté - Marta Sáenz de la Calzada)

Une région façonnée par l’immigration

Marta Sáenz de la Calzada le rappelle : l’Abitibi-Témiscamingue est une terre bâtie avec les immigrants. « Moi, je dois dire que je suis un peu épuisée de ces discours anti-immigration, parce que, et surtout ici, s’il y a une ville qui a été faite avec des immigrants, c’est bien Rouyn-Noranda. Et là, qu’on dise qu’on n’est pas capable de les accueillir, moi, ça me bouleverse », lance-t-elle.

Le spectacle retrace ainsi différentes vagues migratoires qui ont marqué la région, des travailleurs européens venus avec le développement minier aux enseignants arrivés dans les années 1960, en passant par les réfugiés vietnamiens et chiliens et, plus récemment, les personnes venues d’Afrique subsaharienne.

De cette manière, même si le projet n’avait pas été pensé au départ comme un travail de mémoire collective, il le devient avec le temps. « L’intention [est] d’affirmer que l’identité de Rouyn-Noranda, ou québécoise, elle n’est pas faite juste par des gens qui sont nés au Québec. Elle est faite aussi par tous ceux qui ont quitté leur pays, qui se sont installés ici, où ils ont travaillé, où ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes, où ils ont fondé une famille, où ils ont contribué à la vie sociale, culturelle et économique de la région, au même titre que des gens qui sont nés ici. Et je ne voudrais pas que ça s’oublie. »

Marta Saenz de la Calzada

Capture d’écran de la démo du spectacle. (Photo : Gracieuseté - Marta Sáenz de la Calzada)

Six pays sur une même scène

Pour donner vie aux récits, la scène est divisée en six espaces représentant différents pays. Les changements sont accompagnés par des variations d’éclairage et de la musique traditionnelle.

Un seul accessoire accompagne la conteuse : un foulard qui peut devenir tour à tour un poncho, un turban, une jupe ou encore un capuchon. « C’est un spectacle et c’est pour ça, oui, que c’est vivant. Chaque fois, on change de personnage », explique-t-elle.

Les six contes durent environ dix minutes chacun, avec un entracte au milieu du spectacle. Cette structure permet notamment de rejoindre un public familial, particulièrement les jeunes d’environ 10 ans et plus.

Pour Marta Sáenz de la Calzada, l’objectif demeure toutefois le même pour tous les spectateurs : repartir avec une histoire, mais aussi avec une ouverture sur celles et ceux qui les entourent. « J’espère que les gens qui vont venir au théâtre vont partir aussi avec quelque chose, une réflexion et une ouverture d’esprit », dit-elle. « Ouvrir les discussions, puis ouvrir le cœur aux autres. »

Et peut-être, surtout, se rappeler que derrière le mot « immigrant », il y a toujours une personne, une famille et une histoire à raconter.

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