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Les légendes de la région prennent une nouvelle dimension

Par : Ange Major | amajor@journallereflet.com

Des histoires bien réelles transformées en légendes, puis en images et en musique. Le 9 octobre, le Festival de contes et légendes en Abitibi-Témiscamingue a fait escale au Rift, à Ville-Marie, avec un spectacle réunissant quatre récits inspirés de la région.

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Une conteuse prend place parmi les spectateurs pour livrer son récit.
Le Rift | Facebook

Certaines histoires traversent les générations dans les familles. D’autres naissent d’un événement survenu dans un village, puis se transforment à mesure qu’elles sont racontées. En Abitibi-Témiscamingue, ces récits font partie d’un patrimoine qui ne se retrouve pas nécessairement dans les livres d’histoire.

C’est dans cette mémoire régionale que les organisateurs ont puisé pour créer Les Légendes de l’Abitibi-Témiscamingue, un concert-film conté réunissant quatre histoires inspirées du territoire. Quatre conteurs ont chacun choisi une histoire inspirée du territoire, avant de la confier à un cinéaste pour qu’elle prenne forme à l’écran. Un musicien les a accompagnés en direct, réunissant ces récits dans un spectacle d’environ 75 minutes.

Pour Alexander Walosik, président du festival et producteur du projet, l’objectif dépassait la simple présentation de légendes connues. « Même aux plus petites histoires dans des villages comme La Motte, il y a des choses légendaires qui se passent ici, puis ça mérite d’être raconté. »

Les récits puisaient leur inspiration dans des histoires familiales transmises oralement ou dans des événements locaux transformés par l’imaginaire. Tina Mapachee s’est notamment inspirée de récits familiaux anichinabés et de l’histoire de son grand-père, tandis que Pierre Labrèche a fait d’un événement réel survenu à La Motte une légende.

Deux artistes présentent un récit accompagné d’une projection dans le cadre du spectacle Les Légendes de l’Abitibi-Témiscamingue ( Crédit photo : Le Rift | Facebook )

Quand les artistes s’emparent des légendes

L’idée de réunir le conte et le cinéma n’était pas nouvelle pour le festival. Par le passé, des conteurs et des réalisateurs avaient déjà collaboré dans le cadre d’un concept appelé le ciné-conté.

Alexander Walosik souhaitait toutefois pousser l’expérience plus loin. Cinéaste lui-même, il avait trouvé une nouvelle source d’inspiration en assistant à un concert-film de la réalisatrice Émilie Sigouin et du musicien Dominiq Hamel, présenté au festival Fantasia à Montréal en 2025.

Il a alors imaginé un spectacle où les récits, les images et la musique feraient partie d’une même création. Après plusieurs mois consacrés à la réalisation des courts métrages, les artistes se sont réunis en septembre pour une semaine de résidence. Conteurs, cinéastes et musicien ont travaillé ensemble pour donner vie à quatre univers différents, tout en créant un fil conducteur pour le spectacle.

Sur scène, les histoires étaient racontées pendant la projection des films. Dominiq Hamel assurait l’accompagnement musical, notamment à la trompette et au beatbox, en adaptant son jeu aux récits et aux conteurs.

Cette formule transformait également le travail des interprètes. « Je réagis à ses interventions musicales, lui réagit à ma façon de raconter l’histoire », explique Pierre Labrèche, qui pratique le conte depuis 2003.

Les artistes devaient ainsi trouver un équilibre entre leur propre manière de créer et celle des autres. Pour le conteur, c’est justement cette rencontre qui permet de faire naître quelque chose de nouveau.

La musique jouée en direct accompagne les images projetées et la narration sur scène. ( Crédit photo : Le Rift | Facebook )

Faire découvrir un autre visage du conte

Cette expérimentation artistique n’était pas seulement une façon différente de présenter les légendes régionales. Elle s’inscrivait aussi dans les efforts du festival pour renouveler sa programmation et attirer de nouveaux spectateurs.

L’organisme existe depuis 23 ans, mais une nouvelle équipe en assure la direction depuis trois ans. Selon Alexander Walosik, la transition, combinée aux conséquences de la pandémie, n’a pas été facile. L’équipe cherche depuis à reconstruire progressivement son public.

Selon Alexander Walosik, le conte souffre encore de certains préjugés. Plusieurs l’imaginent comme une activité traditionnelle où une personne raconte simplement une histoire devant un public. Pourtant, cette forme d’art peut emprunter autant à l’humour qu’au théâtre, au drame ou à l’improvisation. « Tu viens, tu laisses quelqu’un te raconter une histoire, tu retombes dans l’imaginaire », résume-t-il.

Le concert-film représente donc une nouvelle porte d’entrée vers cet univers, particulièrement pour les spectateurs qui ne fréquentent pas habituellement les événements consacrés aux contes.

En faisant dialoguer les conteurs, les cinéastes et la musique, le festival cherche ainsi à faire découvrir autrement les histoires de la région. « Il y a de belles grandes choses qui se sont déjà passées ici, qui continuent à se passer ici. C’est important qu’on les mette en lumière », souligne Alexander Walosik.

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