Culture

Shangri-La traverse l’Atlantique à la rencontre de Rouyn-Noranda

Par : Joanie Dion

Pour l’unique représentation en Abitibi-Témiscamingue, c’est au Petit Théâtre du Vieux Noranda que s’arrête Shangri-La, un spectacle immersif basé sur la bande dessinée de Mathieu Bablet. En plongeant le public dans un univers complètement construit à l’aide de technologies sonore, musicale et visuelle, la metteuse en scène Christelle Derré s’est concentrée à recréer le monde dystopique de la BD.

Shangri-La | Crédit Thierry Laporte
Shangri-La arriverait comme un outil pour éveiller les consciences.
(Photo : Thierry Laporte)

Après la découverte de la BD à la fin des années 2010, Mme Derré y a perçu des thématiques actuelles, bien que dystopiques, notamment en lien avec les enjeux climatiques. « Je me suis dit que c’était un très bel objet pour réussir avec cette projection futuriste, à parler des enjeux climatiques », raconte-t-elle. Troublée par les canicules en France de l’été dernier et des feux de forêt, elles espérant une prise de conscience collective, qui selon elle s’est dissipée lors du retour des pluies automnales. « Comment on fait pour sortir les gens de cette léthargie ? », se questionne-t-elle.

Shangri-La arriverait donc comme un outil pour éveiller les consciences. Car le spectacle transporte les spectateurs à bord de Tianzhu, une station spatiale où s’est réfugiée l’humanité après que la Terre soit devenue inhabitable. Dans cet univers contrôlé par une multinationale toute-puissante, le confort, la technologie et la consommation ont progressivement remplacé la liberté.

Mais comment transposer une bande dessinée à une présentation immersive ? C’était là une partie du travail de la metteuse en scène, qui a sélectionné la partie centrale de l’œuvre de M. Bablet et l’a divisé en actes. L’histoire devenait alors une sorte de pièce de théâtre, plus facile à représenter sur scène ensuite.

Shangri-La | Crédit Thierry Laporte

La metteuse en scène, Christelle Derré, a sélectionné la partie centrale de l’œuvre de M. Bablet et l’a divisé en actes. (Photo : Thierry Laporte)

« Après, je suis repartie sur l’écriture d’un storyboard pour pouvoir partager à la fois les images que j’avais envie de garder au niveau des planches, et puis ma commande d’animation de l’image. Derrière, il y avait la boîte d’animation qui travaillait, et le vidéaste. […] En parallèle, le fait de découper par actes, par scènes, etc., ça me permettait aussi de structurer ce que je gardais de l’histoire des petites coupes que j’ai dû faire », explique Mme Derré.

En revanche, un ciné-BD-concert immersif n’est pas une pièce de théâtre. Une recherche quant aux jeux sonores, lumineux et paroliers a été effectuée. Il était souhaité qu’un équilibre des trois soit trouvé pour éviter qu’un élément devienne plus important qu’un autre. D’ailleurs, avec un logiciel précis, il a été possible de créer l’immersion à 360 degrés. « On a utilisé un logiciel qui permet en fait de localiser le son dans un espace en 360 degrés. Ce qui fait que vous pouvez avoir l’impression, par exemple, que le vaisseau passe derrière vous. Ou quand un ascenseur apparaît, que le son monte comme si vous montez dans un ascenseur, et puis même de les placer dans l’espace », précise Christelle Derré.

Ainsi, cette écriture sonore a été réalisée, en plus de l’écriture musicale, qui ajoute de l’intensité émotionnelle ou immersive à l’expérience. « L’autre enjeu aussi derrière ça, c’était de réussir à bien faire entendre les voix des personnages ou du texte à lire. Donc là, parfois, il fallait aussi que la musique laisse la place pleinement à cette proposition sonore. […] C’est l’articulation des trois qui était importante, pour qu’on s’attache à ces personnages, qu’on puisse bien suivre leur histoire et, en même temps, que la musique continue de faire sa puissance et sa force », explicite-t-elle.

Shangri-La | Crédit Thierry Laporte

« J’espère qu’en tout cas, l’expérience de ce spectacle-là allumera une braise intérieure », confie la metteuse en scène. (Photo : Thierry Laporte)

« J’aimerais que le public vienne comme il est, c’est le plus important. C’est important ça. Mais j’aimerais qu’il en ressorte différent. Plus conscient, peut-être révolté, peut-être indigné, parce que je pense qu’il est temps qu’on s’indigne. J’espère qu’en tout cas, l’expérience de ce spectacle-là allumera une braise intérieure », conclut Christelle Derré.

Shangri-La sera présenté le 21 octobre 2026 à 18 h au Petit Théâtre du Vieux Noranda, à Rouyn-Noranda.

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