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Éducation

Francis Verreault-Paul veut passer des paroles aux décisions

Par : Ange Major | amajor@journallereflet.com

Pour Francis Verreault-Paul, parler de nation à nation ne suffit plus. Si les Premières Nations doivent réellement être considérées comme des partenaires, estime le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), cette relation doit se traduire là où les décisions se prennent : dans les lois, la gestion du territoire et les règles qui encadrent l’éducation.

Francis Verreault-Paul
Francis Verreault-Paul, chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, souhaite que la relation de nation à nation se traduise davantage dans les décisions politiques.
Francis Verreault-Paul | Facebook

« Comment est-ce qu’on met en œuvre l’aspect de nation à nation, de gouvernement à gouvernement? », a-t-il demandé jeudi, lors d’un dîner-conférence de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), consacré au passage de la réconciliation à l’autodétermination. Une trentaine de personnes y participaient, principalement des étudiants.

Élu à la tête de l’APNQL en février 2025, après avoir longtemps travaillé dans l’ombre de la politique autochtone, Francis Verreault-Paul donne un nom à ce qu’il souhaite maintenant faire avancer : la « réconciliation législative ».

À ses yeux, les lois adoptées à Québec peuvent avoir des conséquences directes ou indirectes sur les droits, les territoires, les langues et les cultures des Premières Nations. Une véritable relation de gouvernement à gouvernement devrait donc leur donner une place dans ce processus, plutôt que de limiter leur rôle à celui de groupes consultés.

La forme que pourrait prendre cette participation reste à définir. Parmi les avenues évoquées, il avance notamment l’idée d’un forum permanent entre le gouvernement du Québec et les dirigeants des Premières Nations. La forêt lui sert justement d’exemple concret de cette volonté de participer aux décisions. Pour lui, la cogestion du territoire pourrait incarner cette nouvelle relation.

Les Premières Nations, dit-il, ne devraient pas seulement pouvoir donner leur opinion sur la gestion forestière et espérer qu’elle soit retenue. « Il faut qu’ils aient une prise décisionnelle dans la gestion de la forêt. »

Cette cogestion ne signifie pas, selon lui, s’opposer à l’industrie forestière. Les communautés ont elles-mêmes besoin de bois pour construire des logements et des infrastructures. L’enjeu se trouve plutôt dans la façon dont la forêt est exploitée et dans la place accordée aux Premières Nations dans les décisions.

Francis Verreault-Paul a pris part au dîner-conférence de l’UQAT consacré au passage de la réconciliation à l’autodétermination, en compagnie de la professeure Suzy Basile. (Le Reflet - Ange Major)

Faire tomber les barrières

La même logique s’applique en éducation. Monsieur Verreault-Paul revient alors à sa propre histoire. Avant la politique, il y a eu le hockey, les études et les départs loin de Mashteuiatsh.

Repêché par les Saguenéens de Chicoutimi, il a poursuivi ses études tout en jouant au hockey junior, avant d’étudier à McGill. Il a ensuite joué professionnellement pendant cinq ans en Europe, puis est retourné aux études en Angleterre.

À McGill, il ne parlait pas anglais à son arrivée. Il raconte avoir eu besoin d’environ un an et demi pour véritablement prendre son rythme. Cette expérience lui sert aujourd’hui à illustrer ce que peuvent vivre de jeunes Autochtones lorsqu’ils quittent une communauté éloignée pour étudier dans une ville, parfois dans une langue qui n’est pas la leur.

Ce ne sont pas nécessairement les exigences finales des formations qu’il remet en question, mais certaines barrières à l’entrée. Il cite notamment des programmes universitaires ayant adapté leur processus d’admission pour des candidats autochtones tout en maintenant les mêmes exigences une fois la formation commencée.

Il applique le même raisonnement aux exigences linguistiques. Selon lui, protéger le français et préserver les langues autochtones ne devraient pas être présentés comme deux objectifs incompatibles. Les jeunes ne devraient pas avoir à choisir entre les deux. « On peut faire les deux en parallèle », soutient-il.

Car lorsqu’il parle d’éducation, Francis Verreault-Paul ne parle pas seulement de diplômes. « L’éducation, ce n’est pas juste l’école. C’est les langues, c’est la culture, c’est nos modes de vie traditionnels. » Pour lui, elle demeure « la colonne vertébrale de l’avenir de nos nations ».

Une ligne dans le sable

Cette volonté de faire avancer les dossiers par le dialogue ne signifie toutefois pas, insiste-t-il, que tout peut être négocié.

Le chef de l’APNQL dit vouloir concentrer ses efforts sur les personnes prêtes à écouter et à travailler avec les Premières Nations, plutôt que de consacrer toute son énergie aux oppositions. « Je veux démontrer par des actions, par des actions concrètes sur le terrain. »

Il dit voir du progrès lorsqu’il compare la place accordée aujourd’hui aux Premières Nations à celle qu’elles occupaient il y a 20 ou 30 ans. Pas assez pour considérer le travail terminé, mais assez pour vouloir poursuivre dans cette direction.

Puis il trace sa limite. « Il y a quand même une ligne dans le sable. Cette ligne-là, c’est le respect de nos droits. »

Pour résumer son approche, l’ancien joueur de hockey choisit finalement une image simple. Pour se rendre de Québec à Montréal, rappelle-t-il, plusieurs routes sont possibles. La 20, la 40, même un détour beaucoup plus long.

Le chemin peut changer. « Mais le but, c’est de me rendre à Montréal. »

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