« La santé durable, une responsabilité collective », Dr Jean-Pierre Després lance un appel
Lors d’une conférence présentée le 15 septembre à Rouyn-Noranda, le chercheur et spécialiste en cardiologie préventive Jean‑Pierre Després a lancé un appel à repenser le rapport des Québécois à la santé.
Selon lui, la pérennité du système de santé passe moins par une augmentation constante des soins que par un investissement accru dans la prévention et les habitudes de vie favorables à la santé.
Pendant plus d’une heure, le scientifique a partagé les réflexions issues de quatre décennies de recherche, résumées dans son ouvrage consacré à la santé durable. Son message central : la société québécoise doit cesser de définir la santé uniquement par l’absence de maladie.
« Pour assurer la pérennité des systèmes de santé, il est nécessaire de dépasser la gestion de la maladie et de renforcer collectivement la promotion de la santé », a-t-il soutenu.
Au-delà du poids sur la balance
Une large partie de son intervention a porté sur l’évolution des connaissances en matière d’obésité et de maladies chroniques. Selon lui, l’indice de masse corporelle (IMC) ne permet pas à lui seul de déterminer l’état de santé d’une personne. Ses travaux ont notamment contribué à démontrer l’importance de l’obésité viscérale, soit l’accumulation de graisse autour des organes internes.
« L’obésité n’est pas ce que vous pensez », résume-t-il tout en expliquant que certaines personnes ayant un poids considéré normal présentent davantage de risques cardiovasculaires que d’autres dont l’IMC est plus élevé.
Le chercheur a rappelé que la mesure du tour de taille constitue aujourd’hui un indicateur reconnu à l’échelle internationale pour évaluer ces risques. Il a cité des études menées notamment en Corée du Sud auprès de millions d’adultes qui démontrent le lien entre le tour de taille et le développement de maladies chroniques.
Vivre plus longtemps, mais pas nécessairement en santé
Tout en soulignant que le Québec affiche l’une des espérances de vie les plus élevées en Amérique du Nord, Dr Després a attiré l’attention sur un autre indicateur qu’il juge préoccupant : l’espérance de vie sans incapacité. Selon lui, de nombreux Québécois vivent plusieurs années avec des problèmes de santé nécessitant des traitements et des soins continus. Cette situation contribue à accroître la pression sur un réseau de la santé déjà fortement sollicité.
Le conférencier a rappelé que les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2, certaines maladies pulmonaires chroniques et plusieurs cancers représentent une part importante du fardeau de maladie observé dans la population.

Dr Jean-Pierre Després présente sa vision de la santé durable lors de sa conférence.
( Le Citoyen — Ricardo Jr Emmanuel )
Miser sur les habitudes de vie
Pour améliorer la santé de la population, le spécialiste plaide pour une approche qui accorde davantage d’importance à l’activité physique, à l’alimentation et à la prévention. Il a notamment insisté sur l’importance de la condition cardio-respiratoire qu’il qualifie de facteur majeur de protection contre les maladies chroniques. Selon lui, l’objectif n’est pas de transformer les citoyens en athlètes, mais simplement de réduire la sédentarité.
« On ne veut pas faire des athlètes de tout le monde. On veut juste les sortir de l’inactivité physique », précise-t-il. Le chercheur s’est également montré préoccupé par le temps passé devant les écrans chez les jeunes et par la consommation croissante d’aliments ultra-transformés riches en sucre et en sel. S’appuyant sur de vastes études internationales, il a souligné les bénéfices associés à une alimentation inspirée du modèle méditerranéen ainsi qu’à la pratique régulière d’activité physique.
Une responsabilité collective
Au-delà des comportements individuels, Dr Jean‑Pierre Després estime que la santé doit devenir un projet de société impliquant les municipalités, les établissements d’enseignement, les employeurs et les gouvernements.
Selon lui, les soins de santé ne représentent qu’une partie des facteurs qui influencent la santé d’une population, alors que les conditions de vie, l’environnement, les facteurs sociaux et économiques jouent un rôle déterminant. Il a d’ailleurs salué les démarches régionales visant à réfléchir collectivement aux moyens d’améliorer la santé des communautés.
En conclusion, le conférencier a invité les citoyens, les décideurs et les organisations à poursuivre la réflexion sur la manière de bâtir des communautés plus favorables à la santé. Son message se résume à une idée simple : la santé ne se construit pas uniquement dans les hôpitaux et les cliniques, mais aussi dans les milieux de vie, les écoles, les municipalités et les habitudes quotidiennes de chacun.